Reportage publié le

Sibérie extrême : épisode final

Texte de David Zimmermann / Photo(s) de David Zimmermann
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On se dépêche de quitter ce trou noir déprimant qu’est la ville minière d’Ust Nera, mais après trente kilomètres, on est coupé court dans notre élan. Un pont a été emporté par la rivière. Des deux côtés, une demi-douzaine de camions attendent. Sasha et Anton, qu’on avait rencontré dans le ferry quelques jours plus tôt sont déjà là depuis hier.

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De l’autre côté de la rivière ça bouge, un immense camion Ural 6x6 semble vouloir tenter la traversée. Tous les chauffeurs en chaussettes et sandales plastique aux pieds, la clope au bec sont sortis de leurs camions pour filmer la scène avec leurs téléphones. La manœuvre est impressionnante, et après deux tentatives, il parvient à monter de l’autre côté de la berge sous les acclamations du petit publique. Dans la foulé un second tente sa chance avec un Kamaz. Le troisième aura moins de succès. Après de longues minutes à essayer de sortir son camion de cette mauvaise posture, il parvient à revenir à son point de départ en marche arrière.

Plus rien ne se passe, alors on se réchauffe en buvant du thé sous la pluie avec nos compagnons d’infortune. Quelques heures plus tard un camion grue arrive. Je pense qu’ils vont pouvoir transporter nos motos de l’autre côté, mais je me réjouis un peu vite. Il n’était là que pour récupérer 80kg d’or de l’autre côté de la rivière et repart directement.

Sergei, le chef la sécurité qui semblait gérer tout ça, nous conseille de retourner à Ust Nera, la route ne sera de toute façon pas réparée avant demain au plus tôt. Il me donne son numéro et nous promet de nous trouver un logement.

De retour à Ust Nera, on trouve le seul café de la ville. Faute de mieux, au moins on est au sec et on peut manger une soupe réchauffé au micro-ondes pour passer le temps jusqu’à ce que Sergei nous recontacte quelques heures plus tard. Il a trouvé une babouchka (grand-mère) qui veuille bien nous louer son appartement pour la nuit et débarque avec son collègue, une bouteille de vodka, des concombres et des oranges.

La première bouteille ne sera qu’une formalité pour célébrer notre rencontre. Après, nous partons tous les cinq en voiture. Ils nous emmènent en dehors de la ville sur une colline pour admirer le coucher du soleil. On est proche du cercle polaire arctique ici et les journées sont très longues. Il ne fait pas nuit avant 23 heures.

Depuis quelques années, une nouvelle loi en Russie interdit l’achat d’alcool entre 23h et 8h. Mais ça c’est la théorie, parce que quand on est chef de la sécurité d’une grande compagnie minière, on obtient sans problème une bouteille dans l’un des deux magasins de la ville, qui soit dit en passant offre plus de choix de vodka que de tout autre aliment confondu…

Soit dit en passant, ce n’est pas étonnant, parce que pour survivre dans ce trou, il n'y a certainement pas d’autres remèdes. Ici il n’y a strictement rien pour passer du bon temps. Pas de bars ni de cinéma, même pas un terrain de foot, pas de parcs où se promener, pas de magasins, ni même un bordel ! En plus, le ratio hommes-femmes doit genre friser le 1 pour 10… N’empêche que j’admire grandement ces gens, à quel point ils sont accueillant et positifs malgré tout. Une belle leçon de vie qui me fait me réveiller avec la gueule de bois !

Sergei, aussi frais que s’il avait dormi huit heures, vient nous chercher et nous amène à la fabrique pour nettoyer nos motos au jet haute-pression. Il nous invite à manger à la cantine où on est un peu l’attraction du jour.  On rencontre même le big boss de la mine, un type aussi imposant que son énorme voiture avec une poignée de main d’une virilité à faire pâlir un catcheur mexicain.

Il nous dévoile également ave une certaine fierté leur flotte de véhicules spéciaux pour accéder aux mines. Hydroglisseurs, véhicules à chenilles, camions 6x6 surélevés et hélicoptères. Ils adaptent ces véhicules dans leur propre atelier.

On quitte enfin Ust Neta en début d’après midi avec un soleil radieux et chacun un énorme livre qui pèse plus lourd que tous mes habits réunis. Un cadeau du directeur.

Le pont a été réparé, on continue sans encombre jusqu’à qu’on atteint la ville abandonnée de Kadykchan. Ian, qui roule toujours en tête, a eu la chance de voir une ours et deux petits traverser la route.

Kadykchan a été construite par des prisonniers des goulags durant la seconde guerre mondiale et plus de 10'000 personnes y habitaient à la fin des années 80. La ville a été progressivement abandonnée à la chute de l’URSS, les travailleurs ne recevant plus les compensations financières qu’ils percevaient pour travailler dans une région aussi austère. La mine a été officiellement fermée en 1996, après un accident qui a couté la vie à six personnes. Comme il n’y avait aucune autre source de revenu à Kadykchan, les gens n’ont pas eu le choix, ils ont dû quitter leur logement et commencer une nouvelle vie ailleurs. On raconte que quelques irréductibles y sont restés jusqu’en 2010, sans eau courante ni électricité…

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